LA PRIERE

Je vais vivre entre 10 et 15 ans

Si c’est pour me haïr, pour me faire souffrir, penses-y à deux fois avant de me prendre avec toi.

Essaye de m’aimer tel que je suis, parce que ce n’est pas moi qui ai choisi ma condition.

De même que je n’ai pas la possibilité de choisir amis ou maîtres.

Accorde-moi du temps pour comprendre ce que tu veux de moi.

Avant de me crier dessus, pour m’éduquer, est-ce toi qui te trompes ou est-ce moi qui n’ai pas compris ce que tu attends de moi.

Chéris-moi, car je ne vis que pour cela.

Ne te fâche pas contre moi, ne me punis pas.

Tu as ton travail, tes amis, tes loisirs, moi je n’ai que toi.

Parle-moi de temps en temps !

S’il te semble que je ne comprenne pas, sache que je sais ce que tu penses, ce que tu ressens.

Rappelle-toi que jamais je n’oublierai la manière dont tu te comportes avec moi.

Avant de me frapper, pense que je pourrais te mordre, mais jamais je ne ferais une chose pareille.

Quand je ne suis encore qu’un chiot, ne me considère pas comme un jouet, dont tu te débarrasseras, lorsqu’il ne te sera plus d’aucune utilité

Car mon amour pour toi sera éternel.

Prends soin de moi alors que je vieillirai, que je serai édenté, que je serai sourd, que je ne pourrai plus marcher.

Quelqu’un, à son tour, prendra soin de toi, car la vieillesse est la même pour tous.

Accompagne-moi pour mon dernier voyage.

Ne dis jamais " C’est plus fort que moi, je ne peux regarder " ou " Arrangez-vous pour que je ne sois pas présent ".

A tes côtés, tout est plus facile.

Ceci sera la contrepartie à la fidélité, au dévouement dont j’ai toujours fait preuve à ton égard.

Quand je ne serai plus là, ne sois pas triste, au contraire, essaye de rendre heureux un autre chien et aime-le comme tu m’as aimé.

Auteur anonyme, traduit de l’italien par M.S. (info@avapaonlus.it)

LA MISERE N’A PAS DE PRIX !

Cela fait quelque temps que je me tâte… vais-je traiter ce sujet ? Et puis, oui, pourquoi pas. Un sujet qui fâche, je n’en suis pas à un près !

La misère n’a pas de prix ? pas si sûr !

Ne vous êtes-vous jamais posé la question : combien vaut un chien ? Combien de billets serais-je prêt à mettre sur la table ?

Bien sûr, je ne vous parle pas d’un chien d'élevage, là ce serait trop facile, les prix sont quasi standardisés, non, je vous parle du chien dont personne ne veut : le plus très beau, le plus tout jeune, le pas très bien entretenu, celui qui se confond avec les murs de son box, tellement il voudrait disparaître, celui qui sait au plus profond de lui-même qu’il ne vaut plus rien pour personne!

Combien, seriez-vous prêt à débourser pour sauver la vie d’un tel chien ?

En fait si je vous pose la question, c’est parce que dernièrement, touché par la démarche d’une personne aimant les animaux, je me suis fait avoir… et ça …je déteste. Attendrie par tant de compassion face à la détresse animale, cette personne déclara vouloir sauver : " Celui dont personne ne veut, celui qui n’a aucune chance ". Qu’à cela ne tienne, j’avais, malheureusement, une liste incommensurable de candidats à lui proposer. Elle avait cependant quelques critères – qui n’en a pas -, il fallait que le chien, soit une chienne, qu’elle soit sociable, car elle en avait trois autres et qu’elle ne soit pas trop grande, je cite, parce que " le jardin n’était pas grand " ! Jusque-là rien à redire, partant du principe que plus on est informé plus on sait où l’on met les pieds.

La chienne étant dans un refuge à l’étranger, il fallait la " préparer " pour qu’elle soit en règle autant d’un point de vue sanitaire qu’administratif. Il est évident que l’on ne peut pas faire n’importe quoi…. Et cela génère forcément un coût ! Et ben, vous me croirez ou pas…. La p’tite dame, du coup, le coût, ça l’a complètement refroidie !!!! En fait dans sa petite tête, elle se disait, que comme personne n’en voulait, la chienne était forcément gratuite ….Finies les jérémiades d’apitoiement, terminées les " pauvre petite ! ", oubliées les " j’ai tant d’amour à lui donner… ". On n’en entendit plus jamais parler ! Et c’est tant mieux. Vouloir faire des économies sur le dos de petits misérables, c’est tout simplement : L A M E N T A B L E !

Oh, j’entends déjà des voix s’élever : " Ben au moins elle aurait eu la vie sauve, alors que comme ça…. !! ". Intéressante déduction, mais les frais sont ce qu’ils sont. Qui aurait dû les prendre en charge ? les bénévoles, ceux-là même qui doivent au quotidien tirer le diable par la queue pour parer aux urgences ? Les donateurs, quand il y en a, qui ne verront de leur vie l’animal qu’ils ont parrainé ? ou l’adoptant qui est censé l’aimer pour la vie ?

Je pars du principe que si les frais d’adoption – qui de toute façon, jamais, ne couvriront l’entier des dépenses – posent problème, quelle garantie peut-on avoir que l’adoptant ne rechigne pas à la vue de la première facture de vétérinaire !? Quel crédit, quelle confiance lui accorder ?

Considérer que l’animal vous est dû, uniquement parce qu’il se trouve dans une situation désespérée, c’est d’emblée le considérer comme une chose. C’est comme si vous aviez repéré un article qui vous intéresse, mais que vous attendiez la période des soldes ou la liquidation du magasin pour être sûr de pouvoir bénéficier d’une ristourne, mieux de sa gratuité. Quelle générosité d’âme.

Pouah !

Le Dartre en folie

GABRIEL, L’ANGE DECHU

Une vie de combats qui se termine à la fourrière. Humilié, cassé, sans foi en l’homme…

La faute à son maître.

Par cette triste journée, j’ai décidé de rester seule avec toi. Nous ne nous connaissons pas, jamais nos regards ne se sont croisés et pourtant, aujourd’hui, je sais que je dois m’asseoir en face de toi. Et c’est cette après-midi et pas une autre, parce que demain, demain…tu ne seras plus.

Ils vont t’ôter la vie, et en silence, tu hurles pour qu’ils le fassent.

Le soir est en train de tomber, l’horizon rougit, pareil au filet de sang qui coule le long de ta commissure.

C’est vrai, tu fais peur

Il te manque un œil et je ne peux m’empêcher de penser à la souffrance que tu dus éprouver lorsque tu le perdis durant l’un de tes combats clandestins où tu t’étais retrouvé embarqué, bien malgré toi par ces sadiques. Contraint à te battre, contraint à tuer… Une lutte acharnée, une lutte à mort, coups de dents de toute part, la chair en lambeaux. Vous, pauvres malheureux, au service de démons travestis en idoles.

Je ne peux ni ne veux imaginer tous les moments qui ont jalonné ces treize années de ta sombre existence.

Trop d’amertume. Pourtant tu as dû être pour tes bourreaux un " champion ", un grand et bel " exemplaire ", tu l’es encore d’ailleurs. De bonne corpulence, doté " d’une belle mâchoire ", c’est bien comme cela qu’ils te préfèrent ces sanguinaires, n’est-ce pas ?

Maintenant, derrière les barreaux de la fourrière, tu te tiens devant moi, vieux, malade, cassé. Tu me regardes fixement avec ton unique œil, impassible, hiératique, fatigué par une vie qui a été si injuste avec toi.

Parfois, je ne parviens plus à soutenir ton regard. Tu en imposes, je suis troublée et à la fois je suis empreinte d’une grande compassion à ton égard. Ils t’ont rendu malheureux…

Assise en face de toi, l’après-midi se meurt, triste et belle à la fois, teintée de sang avec une ligne blanche à l’horizon. Toi et moi, savons que cette ligne c’est celle du jour à venir. C’est la ligne de l’espoir, la fin de ta douleur, de ta souffrance.

Vieux, résigné, blessé et méfiant…. Tu as raison de ne plus faire confiance, personne ne t’a aidé. A part des coups, des insultes, qu’as-tu jamais reçu ?

Je n’ai même pas tenu à connaître ton nom, ce nom d’assassin dont tu as été affublé, avec lequel ils t’ont crié dessus et frappé.

Aujourd’hui, je t’ai appelé Gabriel.

Ce sera notre secret. Rien que pour nous. Gabriel comme l’ange déchu que tu es.

Et tu continues à me regarder, c’est étrange, tu me regardes si profondément…. Je sais. Il n’est pas difficile de comprendre que pour toi, tout n’est plus qu’indifférence. Toi-même tu n’espères même plus que quelque chose de bon puisse t’arriver, que quelqu’un puisse te donner ne serait-ce qu’une caresse. Tu n’espères plus rien de personne et je sais que lorsqu’ils viendront te chercher demain pour t’endormir pour toujours, je sais que tu ne tenteras même pas d’échapper à la mort amie. Vous les chiens, qui flairez la mort à distance….

Tu sais, à présent, que ce sera le seul acte d’amour des Hommes à ton encontre.

L’après-midi s’achèvera dans la fourrière et toi et moi, nous continuerons à nous regarder, seuls. Les autres chiens se taisent, peut-être par respect pour ce moment d’adieux…

Je te regarde une dernière fois, totalement angoissée, défaite et dans un filet de voix, je t’appelle tendrement. Mais tu es dans l’incapacité de bouger ne serait-ce qu’un muscle de tout ce corps las. Rien en toi n’est plus capable de communiquer, aucun mouvement de la queue, aucun mouvement de tes oreilles mutilées. Je me relève et tu me suis du regard. Je place dans un coin de ta geôle, un petit matelas. C’est l’unique cadeau que je peux encore te faire. Tu seras confortable pour ta dernière nuit. Tes os usés ne ressentiront pas le froid. Ton dernier regard me remercie. J’aurais tellement voulu t’aider davantage, mais je suis arrivée trop tard. J’espère que tu le comprendras. D’un pas lent, tu te diriges vers le matelas, tu te couches et tu t’endors. Peut-être tes rêves te conduiront-ils vers l’Arc-en-ciel ? Dors petit ange déchu. Repose-toi et demain, à ton réveil, ne vois, l’espace d’un instant, que la féerie des couleurs et quitte pour toujours ce monde de ténèbres dans lequel ils t’ont plongé.

La nuit est tombée. L’horizon rougeoyant s’en est allé, mais dans le ciel sombre la ligne blanche frémit encore : ta dernière espérance.

Nuria Martín, APAP " La Guarida " de Puente Genil (http://www.laguarida.org), traduit de l’espagnol par M.S.

LE PODENCO, PETIT LUTIN AUX YEUX PETILLANTS DE MALICE

S’il n’est plus nécessaire de présenter le galgo, le podenco, lui, est encore un chien peu connu et dans son pays d’origine un chien méprisé, maltraité.

De taille moyenne pour ce qui est du podenco andalous, il peut facilement toiser les 60-70 cms au garrot s’il s’agit d’un podenco ibicenco.

Sa particularité : ses oreilles dressées, qu’il bouge dans tous les sens, attentif qu’il est au moindre détail qui l’entoure. Certains pourront lui trouver un petit côté chauve-souris, pour ma part je pencherais plutôt pour un petit air de fennec !!!

Qu’il soit blanc, orange, chocolat, ou noir ce qui frappe c’est sa vivacité d’esprit. Il vous regarde de manière si intense, si expressive avec ses yeux bien souvent couleur miel que vous avez l’impression qu’il boit vos paroles. Il est toujours joyeux et prêt à vous suivre partout. Il va sans dire que comme tout chien, il faut lui inculquer les règles de vie de votre maisonnée, mais il est alerte avec de la douceur et de l’amour, tout se passe très bien.

Alors pourquoi un tel chien ne trouve-t-il pas " preneur " dans nos régions ? Pourquoi lui préfère-t-on toujours un galgo, voire un croisé ?

On entend souvent dire de lui que c’est un chasseur, mais le galgo aussi est un chasseur, c’est d’ailleurs le plus redoutable d’entre tous…. Demandez-le au lièvre ? On lui reproche d’être moins élégant que le galgo, mais là encore, comparons ce qui est comparable. Le galgo est un chien appartenant au groupe 10 des lévriers et le podenco au groupe 5 . Il s’agit tout simplement de deux races différentes.

Le seul point sur lequel galgo et podenco sont à égalité, c’est la souffrance. Tous deux sont utilisés puis jetés, tous deux sont blessés, humiliés. Tous deux finissent à la perrera voire pire. Pourtant si l’on ne peut en sauver qu’un, le galgo aura toujours la préférence.

Ainsi va le monde. Pour certains la souffrance de l’un émeut moins que la souffrance de l’autre… critères humains, sans doute. En quoi as-tu péché podenquito pour être toujours relégué à la dernière place ?

Même les bénévoles lorsqu’elles diffusent un cas de podenco maltraité sont défaitistes et débutent bien souvent leur message par : " Tu es né chien, pire tu es né podenco. Si seulement tu étais né galgo " !!

Tout comme le galgo, plus que le galgo, le podenco meurt dans l’indifférence la plus totale, car la plupart des associations étrangères lui tournent le dos.

Alors faites entrer un podenco dans votre vie. C’est un petit chien tout ce qu’il y a de plus sympa.

 

P'tites histoires